Pratiquer la sobriété comme un ajustement
En janvier, le corps demande rarement plus. Après une période de fête qui peut être synonyme d’intensité sociale, il demande surtout moins de dispersion, moins de bruit, moins d’effort inutile.
Le corps est encore dense des excès passés ou le manque de lumière. Le souffle se fait plus discret. Il ne cherche pas l’expansion à tout prix mais plutôt de l’espace et de la chaleur.
C’est étrange d’ailleurs de célébrer la nouvelle année pendant une période qui invite la Nature à se régénérer, à hiberner, à ralentir. Dès la maternelle, on nous (occidentaux) apprend que le cycle des saisons commence avec le printemps comme période de renaissance et de renouveau. Alors pourquoi célébrer la nouvelle année en plein hiver ?
Il y a certes des arguments assez convaincants de la part des romains, de Charles X et du Pape Grégoire XIII (calendrier solaire et harmonisation des dates etc etc)1 mais cela devrait il pour autant nous amener les 1er janvier à repartir de plus bel ?
Résolutions, nouveaux élans, injonctions à recommencer…
Comme si l’année devait nécessairement s’ouvrir dans la projection, l’effort, l’accélération. Comme si la lenteur hivernale était un défaut à corriger plutôt qu’un état à écouter.
C’est souvent le mois du fameux “cette année, je m’y remets” et des inscriptions compulsives pour redémarrer plus fort, plus vite (jusqu’au bout de l’extrême limite)2 .
Sur le tapis, cette période de l’année rappelle une évidence souvent oubliée : pratiquer ne consiste pas nécessairement à ajouter, mais plutôt à ajuster.
Ajuster l’effort, l’intention ou l’énergie mobilisée est pour moi une relecture du principe brahmacharya. Dans la tradition du yoga, celui-ci est une règle morale de retenue imposée. Dans les textes, cette retenue est souvent associée à une abstinence sexuelle des ascètes servant à préserver leur énergie afin de l’utiliser pour s’élever spirituellement.
Dans les Yoga Sutras de Patanjali3, l’aphorisme II.38 présente ce quatrième yama4 et peut se traduire par “Être établi dans la modération donne une bonne énergie de vie”. C’est pourquoi, ici, j’interprète plutôt brahmacharya, comme une attention portée au juste usage de son énergie, entre engagement, préservation et (ré)orientation.
Ce que cette pratique nous apprend à l’échelle du corps résonne étrangement avec un mot qui traverse aujourd’hui nos sociétés: sobriété.
1. Feuvre, D. L. (2025, 17 décembre). Nouvel An : pourquoi la nouvelle année débute-t-elle le 1er janvier ? Geo.fr. https://www.geo.fr/histoire/pourquoi-la-nouvelle-annee-debute-t-elle-le-1er-janvier-207620
2. Les Millenials, si vous avez le générique en tête, ne me remerciez pas c’est cadeau :)
3. Patanjali. (2023). YOGA-SUTRAS : Vol. C (F. Mazet, Trad. ; espaces libres). Albin Michel.
4. Yamas: disciplines éthiques faisant partie des 8 étapes du chemin asthanga yoga pour atteindre le samadhi que l’on pourrait traduire par le stade ultime de clarté
