En Septembre, tout recommence. L’agitation reprend, les agendas se remplissent, la course 2025-2026 est lancée. Bref la machine a à peine redémarré qu’elle s’emballe déjà.
Et même s’il y a quelque chose qui peut être rassurant dans cet emballement d’habitudes si familières, ne serait-il pas finalement qu’une «illusion de maîtrise» de notre temps saupoudré d’«une insatisfaction connue» bien moins effrayante qu’un changement aussi petit soit-il ?
Et donc, que faire de cette reprise, quand le monde semble toujours vaciller dans un quotidien de plus en plus étroit ?
Je vous invite à vous remettre en mouvement - pas recommencer à courir - mais à retrouver votre rythme.
A travers la pratique du yoga et de la méditation peut-être mais aussi hors tapis. Pour s’ouvrir et se questionner, pour ne pas faire plus mais plutôt faire avec. Avec notre souffle, notre corps, notre environnement.
Ce mois-ci, en cours, j’invite les élèves à (re)travailler certaines postures dites classiques du yoga vinyasa. Celles qui sont parfois négligées pour aller le plus rapidement possible vers ces postures photogéniques qui impressionnent. Or ces postures ont leur lot d’intérêt pour le corps - qu’elles étirent ou renforcent un groupe musculaire - et pour l’esprit, car elles permettent de connecter mouvements et respirations afin de ralentir le flux de nos pensées. Cependant, même si à la fin du cours, j’ose imaginer qu’ils trouvent un relâchement musculaire et mental, je ne m’aventure pas à assurer un changement radical et immédiat de leur vie.
A l’instar d’Elodie Emery dans son seule en scène «Ceci n’est pas une religion», le yoga n’a pas «changé ma vie». Ceci peut être l’affirmation qui vous fera vous désinscrire plus vite que votre ombre mais jouons cartes sur table.
Elodie Emery propose un récit à la fois intime et professionnel sur son enquête sur les abus sexuels et financiers dans le bouddhisme tibétain, dont un documentaire et un livre ont déjà été issus (en collaboration avec Wandrille Lanos). Il n’est pas question ici de fustiger le bouddhisme de manière générale mais d’alerter sur les dérives qui peuvent exister même là où on ne s’y attend pas parce qu’un moine bouddhiste en toge orange est plutôt classé dans la catégorie des « gentils ». En outre, la réflexion sous-jacente est bien celle de la «quête de sens » des Occidentaux et leur besoin de spiritualité non religieuse voire colorée de new age et d’orientalisme.
Elodie Emery se penche sur cette fameuse question « qu’est ce que je fais ici et quel est le but de la vie ». Vaste interrogation qui ne sera ni résolue en 1h de spectacle ni en 10 ans d’enquête. Pourtant elle essaye d’y répondre en testant une ribambelle d’expériences dans le monde du bien-être: du yoga à la méditation, d’une retraite jeûne/rando à une retraite chamanique. Elle raconte sa propre expérience... et pourtant cela a un peu fait écho à ce que j’ai pu moi-même aller chercher.
Alors je n’ai pas vécu d’expériences traumatiques comme elle finit par découvrir dans un temple renommé du sud de la France. Mais moi aussi, pour aller mieux, mais surtout pour continuer de vivre à 100 à l’heure, j’ai cherché le Remède avec un grand R.
Sport, volontariat, voyages, méditation, yoga dynamique ou restauratif, massage; coaching, développement personnel, retraite, survie, bains glacés, sophrologie, psychothérapie... Spoiler alert: aucune n’a été LA solution aux dysfonctionnements rencontrés dans le milieu professionnel, à mes questionnements sur la crise écologique et sociale, à mes réflexions personnelles plus profondes. Peut-être que j’erre dans une insatisfaction permanente (ça c’est une discussion pour ma psy) ou peut-être que je ne suis pas assez spirituelle justement (une autre question pour ma psy), et aussi, je continue à tester pleins de choses différentes. Bien qu’aucune n’ait apporté la réponse tant recherchée, toutes ces expériences ont eu leur place, leur utilité et m’ont aidée à un instant T. Bref j’ai trouvé des outils, mais des outils à choisir avec lucidité et esprit critique.
Je partage la vision d’Elodie Emery sur la multiplication des dérives et des mélanges de genres dans le domaine du bien-être et de la spiritualité qui hypnotisent à coup de promesses miracles. Cependant, la reconnexion à son corps et à son esprit dans un monde toujours plus rapide, toujours plus éreintant, toujours plus présenté comme catastrophique est, selon moi, plus que nécessaire. Car afin de pouvoir repenser nos modes de vie, continuer nos luttes quelles qu’elles soient, repenser notre individualité dans le collectif, il faut se sentir bien dans son corps et dans son esprit.
Finalement en sortant du spectacle, je suis toujours professeure de yoga engagée dans la transition écologique et sociale, j’ai toujours beaucoup de trop de questions en tête enveloppées dans une anxiété encore bien trop présente, je n’ai aucune solution miracle à proposer. Mais je ne sors pas déprimée, plutôt déterminée à utiliser ces quelques outils pour guider les corps à bouger, à s’équilibrer et les esprits à ralentir et réfléchir.
